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Stanislas Dehaene :
Que peut-on (vraiment) lire dans nos pensées ?

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Le monde n’est compréhensible que si on accepte de passer par les outils mathématiques. C’est tellement important dans l’éducation des enfants.

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Stanislas Dehaene est neuroscientifique, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des sciences et président du conseil scientifique de l’éducation nationale. Il a écrit plusieurs livres de référence tel « Les Neurones de la lecture » ou « La bosse des maths » et vient de publier récemment « Face à face avec son cerveau » aux éditions Odile Jacob. Qu’est ce qui nous permet de penser ? Sommes-nous à même de bien penser le monde tel qu’il change ? Avons-nous tiré tout le potentiel de notre cerveau ? Sommes-nous vraiment dirigés par notre inconscient ? La façon dont on comprend notre cerveau a bien évolué au cours des siècles. Au 19ème siècle, on a compris qu’il pouvait avoir des lésions, au 20ème, on a commencé à les voir avec l’imagerie cérébrale et désormais au 21ème, grâce aux progrès techniques, on peut désormais envisager de mieux comprendre, de saisir où se logent nos pensées, comment elles se rangent dans le cerveau. Le cerveau qui est une sorte de poupée russe de complexité biologique, de terrain de jeu immense truffé d’idées à faire émerger… Écoutez !

Extrait :

Stanislas Dehaene : J’aime beaucoup parler des graphes mathématiques. Je pense qu’il y a une invention merveilleuse relativement récente beaucoup plus récente que l’alphabet, qui nous permet de présenter sous forme d’un plot, des données en X et en Y, sous un format perceptible par notre œil en parallèle de façon immédiate.

Sandra Freeman : Qu’est-ce que ça donne comme compétences ?

Stanislas Dehaene : C’est formidable, si vous deviez traiter un tableau de données avec 2000 mesures, en X en Y, il faut des heures. Aujourd’hui avec l’invention du graphe mathématique, on peut synthétiser un nombre considérable d’observations et les rendre immédiatement perceptibles. Et c’est devenu de plus en plus présent dans les médias. À l’occasion de l’épidémie de Covid19, il y a vraiment eu un travail considérable des médias pour mieux faire passer les informations sur l’évolution de l’épidémie. Les gens ont vu beaucoup plus de courbes qu’auparavant.

Sandra Freeman : On est en train d’améliorer nos capacités à transmettre des informations sur la lecture ou sur les mathématiques. Il y a un registre d’augmentation là-dessus ?

Stanislas Dehaene : Je pense qu’effectivement notre évolution culturelle est sans cesse en recherche de nouveaux outils pour mieux utiliser notre cerveau. Avec les graphes mathématiques, on utilise en quelque sorte la puce du système visuel qu’on a à l’arrière de la tête. On a des centaines de millions de neurones qui sont spécialisés dans la vision et qui sont capables de traiter toutes ces informations en parallèle.

Sandra Freeman : En quoi les maths nous aident à mieux comprendre le monde?

Stanislas Dehaene : Vous demandez à Galilée et il vous dira : on ne peut pas lire le monde si on n’a pas appris les caractères dans lequel il est décrit, il est décrit en triangle, il écrit avec des objets géométriques et des objets mathématiques. Einstein disait : ce qu’il y a de plus étonnant dans la physique, c’est que le monde soit compréhensible. Le monde n’est compréhensible que si on accepte de passer par les outils mathématiques. C’est tellement important dans l’éducation des enfants, on ne peut pas se passer de mathématiques. Si on pense qu’on peut arrêter de faire des mathématiques en seconde parce qu’on n’est pas assez bon, on se trompe terriblement sur sa capacité ensuite d’agir convenablement dans le monde et je parle pas simplement du monde physique. Tout le monde n’a pas envie de comprendre l’univers, mais simplement du monde réel, du monde social.

Sandra Freeman : Expliquez-nous.

Stanislas Dehaene : Comment peut-on payer ses impôts ou investir convenablement ses économies si on ne comprend pas ce que c’est qu’un taux d’intérêt donc quelque part, une exponentielle? Quand on voit les courbes exponentielles comme le montrait Al Gore dans son célèbre documentaire, pour l’évolution de CO2 dans l’atmosphère, on se rend immédiatement compte qu’il y a un problème très sérieux. L’Humanité a mis trop de temps à se rendre compte du problème, alors que la cour courbe exponentielle se détecte assez rapidement. Il y a des prémices, il y a déjà plusieurs décennies.

Sandra Freeman : En quoi la géométrie nous aide à penser le monde ?

Stanislas Dehaene : La géométrie commence avec des intuitions que nous possédons tous. D’ailleurs dans le livre que je montre ce GPS du cerveau, je trouve que c’est une découverte absolument extraordinaire. C’est la découverte qu’il y a dans notre cerveau des cellules qui répondent à des lieux de l’espace et à une carte de l’espace. Ce qu’on appelle les cellules de grille, la découverte est très simple. Vous laissez un rat se promener dans l’espace, on savait déjà que le rat ne se perd pas, il devait avoir une avoir une sorte de carte. Comment marche une carte dans le cerveau? Et bien les chercheurs ont découvert qu’il y a des neurones qui déchargent uniquement quand le rat est à un endroit particulier de la pièce et il peut être à 10 cm du mur nord c’est ça qui va faire décharger le neurone. Les cellules de grille, c’est encore plus étonnant, elles ne vont pas décharger à un endroit mais à plusieurs endroits. Donc le rat se promène dans une grande pièce et on voit qu’il y a plein d’endroits qui font décharger le neurone. On fait une carte de ses endroits et on s’aperçoit que ce sont des triangles équilatéraux qui pavent l’espace avec des hexagones. Vous imaginez tous ses triangles équilatéraux qui pavent l’espace et à chaque fois qu’on est sur le sommet d’un de ces triangles équilatéraux, le neurone décharge. Par ce biais là nous cartographions l’espace, qui fait que nous ne nous perdons pas, lorsque nous nous promenons dans une ville nouvelle.

 

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