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Dominique Moïsi :
Voilà pourquoi "La géopolitique des émotions" est plus criante que jamais !!!
Depuis 15 ans, le géopolitologue Dominique Moïsi s’est concentré sur l’évolution des émotions qui nous façonnent et influencent les dynamiques internationales.
Qui sont les forts et qui sont les faibles ? Qui sont les dominants d’hier ? Qui sont les plus puissants aujourd’hui ? Et qui s’imposera comme le plus fort demain ? Grâce à quels ressorts ? Alors que les guerres sont de retour et rouvrent la porte à une violence sans borne, que des blocs identitaires se réaffirment, que des modèles de civilisations s’opposent, on a choisi de s’interroger, au-delà de l’économie qui mène le monde, au-delà du politique qui le dirige, de se questionner sur ce qui nous guide avant tout, nous rend forts ou faibles, sur ce qui nous anime : quelque chose d’on ne peut plus humain : les émotions !
Bibliographie
Leçons de Lumières. Les Éditions de l’Observatoire, 2019
Le nouveau déséquilibre du monde. Les Éditions de l’Observatoire, 2017
La Géopolitique des séries ou le triomphe de la peur, Stock, 2016
Un juif improbable, Flammarion, 2011
La Géopolitique de l’émotion, Flammarion, 2009
Les Cartes de la France à l’heure de la mondialisation Hubert Védrine dialogue avec Dominique Moïsi (Fayard, 2000).
Le Nouveau Continent : Plaidoyer pour une Europe renaissante en collaboration avec Jacques Rupnik, Paris, Calmann-Lévy, 1991
Extrait :
Sandra Freeman : Qui sont les forts et qui sont les faibles ? Qui sont les dominants d’hier ? Qui sont les plus puissants aujourd’hui et qui s’imposera comme le plus fort demain ? grâce à quels ressorts ? Dominique Moïsi : Les Israéliens sont dominés par une forme de ressentiment, sinon de peur. Et tout cela avec un énorme complexe de supériorité. Les Palestiniens sont dominés par un sentiment d’humiliation et tout cela avec un énorme complexe d’infériorité. Alors je sais bien qu’il y a des conflits d’intérêts, de territoires. Il y a le problème de l’eau, de l’espace tout ce que vous voulez. Sandra Freeman : Comment est-ce que si on creuse un tout petit peu plus ce que vous venez dire, comment on explique que les Israéliens se sentent portés par ce complexe de supériorité ? Les Palestiniens par ce complexe d’infériorité ? Qu’est-ce que ça dit aussi de ce qui les a fait, d’où ils viennent ? Peut-être les Israéliens plus occidentaux que les Palestiniens. Dominique Moïsi : En 2000, j’avais reçu un prix pour la paix avec un intellectuel palestinien qui s’appelait Sari Nusseibeh. Nous avions, chacun indépendamment l’un de l’autre, écrit un article qui avait été retenu pour ce prix qui était décerné au Parlement européen. Et en recevant cette récompense, Sari Nusseibeh avait choisi de raconter une histoire qui lui rappelait sa mère pour lui expliquer la nature du conflit. Et elle lui disait : « Voilà Sari, si tu veux comprendre, écoute moi. Je me promène dans les rues étroites de mon village. Au-dessus de moi, une fenêtre s’ouvre. Quelqu’un projette une autre personne de la fenêtre, la défenestre et cette personne qui tombe de l’étage s’écrase sur moi, au moment où je passe. La fenêtre qui s’ouvre, c’est celle de l’Europe. La personne qui jette la personne, une personne, c’est l’Européen, La personne qui est jetée, c’est le Juif qui s’écrase en devenant Israélien sur le Palestinien. Et donc le sentiment très fort du côté palestinien, c’est qu’il payait le prix pour les fautes commises par les Européens. Et le paradoxe des Israéliens, c’est qu’ils savent qu’ils viennent d’Europe mais qu’ils ont été rejetés par l’Europe. Ils se sentent profondément Occidentaux, ils ont une revanche à prendre contre leur histoire. Et ils ont un succès extraordinaire. Quand on voit les transformations du pays, les avancées techniques, les avancées technologiques, le nombre de prix Nobel, les succès dans la nouvelle économie. Ils sont entourés par un peuple qui ne bouge pas et il y a se sentiment de supériorité des Occidentaux par rapport aux non-occidentaux. Sandra Freeman : Ce qui se passe dans cette région du monde a une déflagration sur le reste du monde ou est-ce que c’est votre lecture c’est la géopolitique des émotions historiques et ça se cristallise là. Dominique Moïsi : On voit bien, depuis le 7 octobre et les actes de barbarie commis par le Hamas que ce qui s’est passé au Moyen-Orient depuis a eu un impact profond sur l’ensemble du monde. Vous avez des manifestations nombreuses, multiples, dans les capitales occidentales et arabes et musulmanes. D’ailleurs, il est intéressant de noter que les images des destructions à Gaza l’ont finalement emporté sur celle des massacres du 7 octobre. Et il est intéressant de se demander pourquoi Israël s’était déjà isolé auprès d’une grande partie de la jeunesse ? Quelle est la bataille perdue. Sandra Freeman : Et qu’est-ce que dit la suite ? Dominique Moïsi : Ça veut dire que en réalité la montée du sud global qui existe fait qu’il y a une incarnation beaucoup plus grande des Palestiniens, une empathie beaucoup plus grande avec les Palestiniens. L’image qui dominait les Israéliens le 7 octobre, c’est un nouveau pogrom, le plus grave depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il n’a pas pénétré dans la société internationale. L’image des bombardements israéliens comme l’incarnation du dernier impérialisme du dernier colonialisme, de l’anachronisme, l’a emporté. Et je crois que les Israéliens doivent tirer des leçons de cela. Nous vivons dans des circonstances proprement exceptionnelles et que nous sommes à la recherche de personnalités exceptionnelles. Au Moyen-Orient il y a un vide. Chacun est conscient du fait qu’on est au bord du précipice, que le seul moyen d’éviter de sombrer dans ce précipice. C’est une solution politique. C’est le retour à l’idée des deux États et tout est prêt. Tout a été discuté, presque accepté. Mais aujourd’hui, on ne voit personne, ni dans le camp palestinien, ni dans le camp israélien pour reprendre le flambeau de la responsabilité politique. Qui sera le Mandela palestinien ? Sandra Freeman : Ce que vous dites, Dominique Moïsi, c’est que les choix politiques sont des incarnations d’hommes forts. Dominique Moïsi : Et ils ont besoin d’être portés par des hommes forts. Les événements créent les hommes. Sans la Révolution française, Bonaparte serait resté un petit colonel marginal dans l’armée royale. Mais la rencontre entre un événement exceptionnel et une personnalité exceptionnelle a créé l’histoire, pour le meilleur comme pour le pire.
Alors que les guerres sont de retour ici et là et rouvrent la porte à une violence sans borne, que des blocs identitaires se réaffirment, que des modèles de civilisations s’opposent, on a choisi dans MatriochK aujourd’hui de s’interroger, au-delà de l’économie qui mène le monde, au-delà du politique qui le dirige, sur ce qui nous guide avant tout, nous rend fort ou faible, sur ce qui nous anime : quelque chose d’on ne peut plus humain : les émotions !
Depuis 15 ans, le géopolitologue Dominique Moisi s’est concentré sur l’évolution des émotions qui nous façonnent et influencent les dynamiques internationales. Et sa lecture du conflit israelo palestinien donne à voir l’histoire contemporaine sous un angle différent.
Mais à la fin du fin, c’est un conflit entre des émotions irréconciliables.
Qui sera le Frederik de Klerk israélien ?
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