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Christophe André :
Narcissisme VS Estime de Soi, Ceux qui vont survivre...
Face à l’épidémie de narcissisme qui se transmet de façon globale, massive dans nos écosystèmes, nous avons choisi notre antidote en Christophe André, le psychiatre et psychothérapeute !
Son nouveau livre paru chez Odile Jacob, nous aide à ranger notre égo et à apprendre à « S’estimer et s’oublier ». L’objectif de saisir ce qu’est l’estime de soi, permet par ricochet, à l’échelle globale de d’interroger voire de recadrer notre société individualiste qui jongle régulièrement entre complexe de supériorité et complexe d’infériorité et à l’échelle individuelle de réduire nos anxiétés, de retrouver une image juste et mesurée de soi-même et dans le fond, de lutter contre la perversion narcissique qui nous guette un peu trop souvent.
A PROPOS DE LA COLLECTION MATRIOCHK
Tous les entretiens de MatriochK avec #SandraFreeman à retrouver ici 👉🏼 https://bit.ly/3129sIF : Mona Ozouf, Dominique Moïsi, Rachid Benzine, François Molins, François Heisbourg, Jacques Séguéla, Dominique Bourg, André Comte-Sponville, Caroline Fourest, Bruno Solo, Michelle Perrot, Stanislas Dehaene, Jacques Rancière, Pascal Picq, Léa Moukanas, Robin Renucci, Hubert Reeves, Boris Cyrulnik, Barbara Cassin, Delphine Horvilleur, Catherine Dolto, Raphaël Enthoven, Etienne Klein, Daniel Kaplan, Alya Aglan, Emmanuel Carrère, Michel Serres, Bernard Stiegler, François Taddei, Natacha Wolinski, Jean-Claude Trichet, Heinz Wismann, Malek Boukerchi, Michel Sarran, Fatema Hal, Joël de Rosnay, Aldo Naouri.
Avec MatriochK, nos invités répondront à cette question « Que transmet-on à nos enfants » et partageront avec nous leurs #TrucsDeVie
Extrait :
Sandra Freeman : Vous parlez dans votre livre « S’estimer et s’oublier » du narcissisme épidémique, au XXIᵉ siècle. Qu’est ce que c’est ? Christophe André : Le narcissisme épidémique, c’est que malheureusement, quand je suis dans un système où tout le monde joue le jeu, la plupart d’entre nous, on a tendance à jouer le jeu. Mais si je suis dans un système où il commence à y avoir des tricheurs, des gens qui fraudent, des gens qui ne respectent pas les règles et qui en tirent des bénéfices, alors tout le monde va suivre. Et c’est une des explications de l’épidémie de narcissisme, c’est à dire qu’au fond, il nous semble, à tord, que pour notre intérêt personnel, c’est mieux de ne penser qu’à soi, c’est mieux d’essayer de passer avant les autres. Et c’est notre société change terriblement vite aussi. On ne sait pas si c’est pour le meilleur ou pour le pire. En tout cas, pour l’instant, c’est pour pour le bazar, c’est pour le désordre, pour le flou, pour la difficulté à lire ce qui se passe. Sandra Freeman : Ce que vous dites, c’est que, en fait, par exemple, la mondialisation qui fait que ça a changé nos territoires d’un côté et dans l’autre sens, nos repères historiques et surtout cette capacité à pouvoir se projeter continue à écrire l’histoire, fait qu’on n’a plus ces repères et c’est ça qui a pu être le terreau de l’émergence de narcissisme dans nos sociétés occidentales. Christophe André : Dans un premier temps, ça a augmenté notre inquiétude. Ça a désactivé un petit peu notre machine à produire de la confiance. Je fais partie de génération d’enfants, dont les parents étaient persuadés que notre monde serait bien meilleur que le leur. Ça aujourd’hui c’est perdu. Et quand je suis très anxieux, j’ai besoin de me raccrocher à des certitudes et au fond, ces certitudes, c’est souvent malheureusement le repli plutôt que l’ouverture, le repli sur moi, sur mon groupe, ma famille, ma tribu, les gens qui me ressemblent, les réseaux sociaux de gens qui pensent comme moi. Sandra Freeman : Face au narcissisme, aux égoïsmes ambiant. Qu’est ce que je peux moi donner ? Qu’est ce que je peux faire ? En quoi je peux être altruiste ? L’estime de soi se positionne comment dans ce monde égoïste et narcissique. Christophe André : L’estime de soi, c’est le rapport qu’on a avec nous-même. C’est comment on se voit, comment on se juge, comment on se traite. C’est important parce que c’est avec nous qu’on va passer la majeure partie de notre vie, ou même l’intégralité de notre vie. Et donc c’est quand même important de se poser la question de savoir : voilà ce que je pense de moi ? Comment je me juge ? Quand j’ai du chagrin, comment je me traite etc. Sandra Freeman : L’estime de soi. Vous dites que ça commence ? On commence à le conceptualiser dans les années 60. Christophe André : En réalité, il faut regarder plus loin. Ces questions d’estime de soi ne se posaient pas dans les sociétés traditionnelles où tout le monde restait à sa place. Vous naissiez dans une famille de paysans, forestiers, vous naissiez dans une famille de nobles propriétaires, bourgeois et quelle que soit votre valeur, quelle que soit votre capacité à vous aimer, à vous faire aimer par les autres, à avoir confiance en vous ou pas confiance en vous, il y avait peu de mobilité, peu de changement et vos compétences vous servaient assez peu à réussir ou à échouer au fond. Sandra Freeman : Donc, il n’y avait pas question de trouver une autre place que la sienne, il y avait des places alouées dans la vie, dans la société. Christophe André : On était sur des rails. Au XXᵉ siècle, ça commence à changer, avec plus de mobilité sociale et surtout plus d’accent mis sur ça en disant « quand on veut, on peut », les gens confiants peuvent construire des empires etc… Et c’est vrai que la société le permet malheureusement pas, tous les gens méritants n’ont pas connu dans l’histoire le succès qu’ils méritaient. En tout cas les choses commencent à bouger et on commence à se dire : tient, quand même, avoir confiance en soi, avoir foi en soi, avoir une bonne estime de soi, c’est un facteur de succès, c’est un facteur de réussite. Sandra Freeman : Donc ça, c’est après l’industrialisation. Christophe André : Voilà, c’est à la fin 19ᵉ, début 20ᵉ c’est le mythe du self-made man. Il faut croire en son étoile et tous ses trucs-là. Après, les choses commencent à se gâter à la fin du 20ᵉ avec les années 80/90 en Occident : La « farouestisation » de la société a commencé là : « Si tu échoues, c’est que t’es nul ». Et « si tu réussis, c’est que tu es bon. » Cette confusion entre ma valeur et ma performance. Penser que si j’étais performant alors j’avais de la valeur, alors qu’il y a des grands bandits qui étaient performants et des gens bien qui ne l’étaient pas. Là, ça a commencé à dégringoler. Puis, après la catastrophe écologique, dans cet écosystème là, ça a été les réseaux sociaux avec leur mise en avant, leur promotion des faux-self. Personne ne poste des photos où on est moche, fatigué, où on est dans un endroit nul avec des gens pas sympas. C’est toujours : on est beau, on est dans des beaux endroits, on fait des trucs chouettes avec des gens sympas. Et ça, ça pourrait être réjouissant et ça c’est angoissant pour beaucoup de personnes. Parce que là, dans notre cerveau, on a un petit logiciel de comparaison. Et donc ce qu’attisent en nous ces réseaux sociaux c’est ce que les sociologues appellent les « tensions comparatives »: plus grosse voiture que moi, métier plus intéressant, plus gros salaire. Tous ces trucs-là sont délabrants pour l’estime de soi, parce que ça nous pousse dans une quête qui est épuisante, qui est très stressante. C’est comme l’alcool, ça peut être un truc plutôt sympa. Sauf que si on en fait un mauvais usage, c’est très mauvais pour nous et pour notre entourage.
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