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Raphaël Enthoven :
Il faut transformer le combat en débat ! Reste que le combat ne me fait pas peur !
Raphaël Enthoven est philosophe, professeur de philosophie et auteur. Qu’est-ce que la violence ? Pourquoi faut-il aussi savoir se battre quand on défend le débat ? La paix est-elle la victoire d’une opinion sur une autre, ou la capacité d’être en désaccord sans se taper dessus ? Faut-il éprouver la violence pour transmettre des limites ? Qu’est-ce que le syndrome d’Apollon ? Faut-il faire attention à ce qu’on dit ? Comment ne pas céder à l’intimidation ? Comment vivre libre dans un monde de lyncheurs anonymes ? Quelle différence entre le courage et la témérité ? Comprendre est-il plus courageux que s’opposer ? Comment ne pas s’endormir sur sa propre colère ? Quoi de plus confortable qu’une pensée radicale ? Quoi de plus bourgeois que le discours du « tout ou rien » ? Quoi de plus exigeant qu’un compromis ? Raphaël Enthoven répond à quelques-unes de ces interrogations et développe quelques paradoxes. Il dit aussi à Sandra Freeman ce qu’il aimerait intimement transmettre aux générations futures, comment il s’est construit grâce à ses lectures et malgré les violences subies dans son enfance.
Extrait :
Sandra Freeman : Et qu’est-ce qu’on cible aujourd’hui parmi les peurs qui pourraient nous susciter du courage ? Quels sont les sujets qui aujourd’hui vous paraissent fondamentaux ? Raphaël Enthoven : Il n’y a qu’une seule peur. C’est la peur de mourir c’est le sentiment de disparaître. Le courage est non pas de ne pas avoir peur de mourir. Le courage c’est comprendre qu’avant de vivre on n’existait pas et qu’après avoir vécu on n’existera pas d’avantage, le courage est aussi de ne pas demander à l’existence de se prolonger au-delà de la vie mais peut-être d’en assumer la finitude et d’en faire une chance. Je ne vois que cette crainte, l’envie de ne pas mourir prend la forme du désir, de changer de régime ou de créer un ordre nouveau ou de faire du passé table rase. La totalité de nos décisions comme nos décisions politiques peuvent toutes être indexées sur le désir de ne pas mourir ou sur une peur de mourir. Reste que on est toujours lâche une fois de trop, on se couche toujours une fois de trop mais on ne se redresse jamais suffisamment. Le courage et la lâcheté ne sont pas en situation symétrique. La lâcheté raisonne, le courage ne se connaît pas, la lâcheté peut se prévoir le courage ne peut jamais se prévoir. Ni vous ni moi ne savons ce qu’on ferait si les nazis étaient dans la rue avec des mitraillettes. Sandra Freeman : Le courage est une posture plus qu’une réflexion ? Raphaël Enthoven : Non ce n’est pas une posture c’est une décision. La lâcheté est une posture. Prenez par exemple un attentat dans un TGV. Je ferais peut-être parti des lâches qui vont se planquer quand il voit un type avec une mitraillette, je ne juge personne mais ce qui est intéressant c’est de voir la différence de discours entre les gens qui se sont planqués qui se sont enfermés aux chiottes et ceux qui sont allés se battre avec le type. Les premiers disaient : « J’ai vu arriver le type, je me suis dit je ne suis pas compétent, ce n’est pas mon métier, je vais mourir » ; le contrôleur disait : « Je n’ai pas les compétences pour, ça va aggraver la situation si j’interviens. » Ceux qui voulaient tourner le dos au danger ou fuir le danger avaient des tas de raisons de le faire, ceux en revanche qui se sont levés face à un fusil armé pour arrêter le type dans son entreprise meurtrière disent : « Je n’ai pas réfléchi. » Le courage ne pense pas. Antigone ne peut pas justifier son propre geste, le geste qui lui coûte la vie alors que Ismène peut, a 1000 arguments pour dire à sa sœur : « Enfin tu es complètement crétine, Polynice est mort. Tu ne vas aller te faire emmurer vivante parce que tu lui rends les hommages funéraires. » La lâcheté raisonne, le courage ne raisonne pas
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