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Michelle Perrot :
Femmes - Hommes : Quel (r)apport ?
L’historienne Michelle Perrot est la nouvelle invitée de Sandra Freeman. Elle retrace pour MatriochK ce que les femmes se sont transmis à travers l’Histoire, la place qu’on leur a accordée sur la scène politique, dans la sphère publique. Cette spécialiste des droits des femmes a largement participé à les rendre visibles, à leur donner enfin leur place dans les manuels d’Histoire et dans l’enseignement supérieur ! Les 5 tomes de « L’Histoire des femmes en Occident de l’Antiquité à nos jours » qu’elle a dirigés avec Georges Duby est aujourd’hui un bestseller traduit en plusieurs langues. Pourquoi plus de la moitié de l’humanité (52%), les femmes sommes restées dans l’ombre ? Pourquoi cette domination masculine ? D’où vient-elle ?
Michelle Perrot est l’autrice de nombreux ouvrages. Son dernier livre « La tristesse est un mur entre deux jardins » est paru aux Éditions #OdileJacob et est le fruit d’une rencontre avec l’avocate algérienne Wassily Tamzali.
Extrait :
Michelle Perrot : 68 était un mouvement extraordinaire de libération, de prise de parole. Il était mené par des garçons et des filles mais on ne parlait que des garçons, ce sont les hommes qui dirigeaient ce mouvement. Quand on disait à l’époque, à Paris, les quatre grands Daniel Cohn-Bendit, Alain Krivine, Jacques Sauvageot, Alain Geismar, les 4 grands qui montaient sur le lion de Belfort alors qu’il y avait toutes les manifestations autour, les filles étaient là. Est-ce qu’on parlait des filles et de la condition des femmes ? Pas du tout. Sandra Freeman : Il y a les lois mais ensuite il y a l’évolution de la société et l’application des lois, l’évolution aussi des imaginaires. Le fait qu’on n’ait pas le droit de violenter une femme par exemple, ça date des années 80. Aujourd’hui, 40 ans après, on s’insurge contre les féminicides, comme si c’était une découverte. On a 40 ans de décalage. Le fait de ne pas avoir le droit d’abuser, de violer, c’est aussi 1980, aujourd’hui, avec MeToo, 40 ans après, on s’insurge comme si on ne le savait pas, comme si il y avait un chemin de conscience, d’émergence de l’information alors que la loi existe déjà. Qu’est-ce qui se passe-là ? Est-ce que ces mouvements du privé qui devient vraiment étalé sur la place publique, est-ce que c’est grâce aux réseaux sociaux, aux nouveaux outils qui accompagnent la réorganisation de la cité sur un plan politique ? Michelle Perrot : C’est très intéressant MeToo pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’on voit que la frontière va encore plus loin. Les femmes de MeToo, certes elles parlent de viol mais elles parlent aussi de harcèlement. Elles parlent du geste déplacé, elles parlent du propos infamant ou graveleux, enfin, tout ce qu’elles ont à affronter dès qu’elles sont un peu sous la coupe d’un homme, ce qui était beaucoup le cas dans le milieu du cinéma. A l’époque de MeToo et puis évidemment bien avant, ce sont les producteurs quand même, les hommes majoritairement, surtout à Hollywood, les producteurs de films, il n’y a pas beaucoup de femmes, et les femmes sont des actrices, c’est-à-dire que leur corps est à la disposition du producteur et du réalisateur pour faire tel geste, accomplir telle action. Donc elles sont passives. Les hommes auraient pu se contenter de ça, c’est leur métier après tout mais ils ont outrepassé cette frontière-là pour se les approprier pour eux. Alors la conséquence c’est que MeToo dit « on ne veut plus de ça ». Donc c’est l’intime lui-même qui est maintenant géré par la loi, ça c’est une première chose. La deuxième chose qui est étonnante et qui est liée aux réseaux sociaux, c’est le fait que ce n’est pas seulement des centaines de femmes, c’est pas des milliers mais des millions de femmes qui ont repris les revendications de MeToo. J’aime beaucoup l’expression MeToo parce que « Me » « Moi », l’individu, femme que je suis, « Too » « les autres », « Moi aussi » « Moi et les autres », « moi je souffre mais je ne suis rien sans les autres et ce que j’ai vécu les autres l’ont vécu », donc « Me Too on est ensemble ».
Alors elles se sont révoltées, elles ont dit « mais et nous ? On en a assez. Des problèmes, on en a des problèmes. ». Au même moment il y avait la même chose aux États-Unis, Mouvement de Libération, MLF, Women’s Lib aux États-Unis. Donc les filles se sont organisées, très vite. Dans les années 70, il y a des manifestations, il y a des groupes qui se créés, il y a des femmes en mouvement et qu’est-ce qu’elles revendiquent ? Elles revendiquent la diffusion de la contraception qu’une loi avait créée en 67. Mais attention ! Dans les pharmacies quand vous alliez demander un produit contraceptif on vous regardait de haut, c’était difficile. Donc les filles disent « il faut que la contraception on y ait accès et puis « un enfant, si je veux, quand je veux, comme je veux », droit à l’avortement. Ce n’est pas rien ça, le droit à l’avortement !
Quand on voit qu’aujourd’hui, où nous sommes, aux États-Unis, un certain nombre d’états suppriment le droit à l’avortement. Quand on voit dans les états comme la Pologne, la difficulté d’avoir ce droit que ce droit conquis par les Françaises il y a près de 50 ans, grâce au mouvement des femmes et à Simone Veil et Giscard d’Estaing, c’est bien de le dire aussi, qui en a été, Simone Veil, le porte-parole, et bien on voit que c’est une conquête difficile. Et en conquérant ce droit, les femmes ont conquis le droit à la sexualité, à une sexualité libre et elles ont commencé à mieux connaître leur corps, à avoir conscience de leur corps, à mieux le connaître aussi et en être les maîtresses, maîtresse de son corps.
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