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Jacques Séguéla :
Comment transformer le bobo en beau ?

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“La publicité, c’est l’éternel printemps de la vie“. MatriochK vous offre plein de douceur et de poésie avec Jacques Séguéla, un homme parmi les grands, un publicitaire qui a de l’amour à revendre !

»

Le publicitaire Jacques Séguéla a révélé à Sandra Freeman pour la Collection MatriochK quelques-uns de ses secrets de vie.
Lui qui s’est propulsé dans son temps, avec amour et passion, lui « Le roi de la Pub » aux 1500 campagnes publicitaires et aux 20 campagnes présidentielles, en 81 de « La force tranquille » et en 1988 de « Génération Mitterrand ».
Jacques Séguela est le cofondateur en 1970 de l’agence de communication RSCG ( Roux, Séguéla, Caysac – Goudard ) aujourd’hui HAVAS.
Il est l’auteur d’une trentaine de livres, dont aujourd’hui « 90 ans d’amour » paru aux éditions PLON, une sorte de compression à la César de son œuvre et de sa vision du monde.
Il explique pour MatriochK ce qui l’a toujours fait avancer, entre la réalité telle qu’elle est et le rêve tel qu’il se le figure.

 

 

 

Extrait :

Jacques Séguéla : Tout le monde dit que je suis l’inventeur de la « force tranquille » C’est Mitterrand qui est l’inventeur de la « force tranquille ». La 1ère fois que je l’ai vu, il m’a dit « Écoutez Séguéla, moi contrairement à ce que tout le monde raconte j’ai une vraie force en moi, c’est pour ça que je vais gagner ! C’est cette force je veux que vous arriviez à exprimer dans votre affiche. Et puis, n’écoutez pas les balivernes en disant que les chars russes vont arriver dans Paris, le jour de mon élection. Je ne suis par pour la révolution, je suis pour l’évolution » : la force… tranquille.

Sandra Freeman : Et pareil par rapport à ce vous écrivez sur Coluche quand il cherche les Restos du cœur. Vous entendez ce que disent les gens ?

Jacques Séguéla : Oui, je me souviens que Coluche était à Europe1, un jour au téléphone, il me dit « Il faut que je te vois absolument, viens déjeuner ! ». Je viens déjeuner. Il me dit « Écoute j’ai une idée, j’en ai marre des français qui ont faim, qui ont froid. J’en ai marre de tout ce pognon. Je veux faire des restos du cœur ». Il me dit « Il faut que tu me trouves un nom et puis il faut que tu me trouves un logo » « Un nom ? Restos du cœur ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse mieux que ça ? ». Et il me dit « mais c’est pas un nom » « mais bien sûr, mais bien sûr ! Et puis en plus, non seulement c’est un nom mais c’est un slogan en lui-même. Et il me dit : « Alors trouve-moi quand même un logo ». Alors il m’a dessiné une fourchette sur le coin de la table. Je lui ai dit « écoute, arrête là, tu as tout fait ». Je suis arrivé à l’agence, on m’a mis ça au point et c’est parti.
Et Coluche, c’est le grand regret de ma vie parce que 4 ou 5 ans après sa mort, Véronique Colucci, j’étais très proche d’elle, vient me voir avec 2/3 personnes et elle me dit : « Écoute, on est un peu en panne, on voudrait que tu sois le président des Restos du cœur » et je lui dis « écoute, je peux pas faire ça ». On était en pleine campagne de réélection de François Mitterrand. Et ça va hanter toute la vie. Comment j’ai raté cette marche vers la sagesse ?

Sandra Freeman : Le seul regret de vie, c’est ça que vous écrivez, le seul regret de ma vie

Jacques Séguéla : Oui parce que la vieillesse commence lorsque les regrets l’emportent sur les rêves. Moi je ne cultive que mes rêves et c’est ce qui fait le bonheur de la vie.

Sandra Freeman : Alors il y a quand même cette perception de la vie qui est vraiment un choix,
j’ai le sentiment. Quant on vous lit Jacques Séguélé, on se rend compte que vous dites que, par exemple, dès le début, votre mère aurait pu avorter sous l’influence de votre grand mère Lydia, mais en fait vous êtes un survivor. Vous racontez finalement que chaque contingence ou chaque chose qui vous arrive est un présent, est un cadeau, le fait que vous soyez seul dans votre lit à barreaux, c’est votre opportunité pour pouvoir observer le monde. En fait, quand est ce que vous avez appris à transformer ce que chacun aujourd’hui dans l’ère victimaire pourrait considérer comme un « bobo », comment… quand est-ce que vous avez appris à le transformer en beau?

Jacques Séguéla : C’est joli comme slogan, tu devrais faire de la publicité. Moi je n’ai rien fait, je n’ai rien décidé, je n’ai jamais cherché un emploi, c’est la vie qui m’a mené par le bout du nez. Chaque fois comme un ruban, ou une pierre, tu vois, jetée dans la mer, un ricochet, je suis allé là où personne ne m’attendait et là où moi même je ne m’attendais pas d’aller. J’ai démarré mon adolescence, mon père qui avait fait ses études chez les Jésuites m’a dit : « Tu dois faire, toi aussi, tes études chez les Jésuites ». Pour moi ça était « Prison break » et j’en pouvais plus. J’avais besoin de m’évader et y avait une espèce de nazillon qui, tous les soirs, nous conduisait au dortoir. Et donc pratiquement 1 fois par semaine, 1 fois toutes les 2 semaines, il m’agenouillait sur une règle de fer, au milieu de sa petite tente, au milieu de l’immense dortoir. À l’époque il n’y avait même pas de séparation, c’était comme des lits militaires. Et il était entrain de me narguer en faisant cuire 2 œufs. Il y avait une fourchette qui était là, sur la table. Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai pris la fourchette, dans les fesses. Bon par bonheur, elle n’est pas entrée, il a poussé une hurlante. J’ai été viré comme il se doit et j’ai trouvé la liberté à Perpignan. Et c’est là que je suis devenu un petit sauvageon pendant 2 ans puisque j’ai pris le chemin de l’école. Sur le chemin de l’école, il y avait un cinéma. Alors j’ai pris le chemin de l’école une fois, deux fois, trois fois et la quatrième fois je n’ai pas pu m’empêcher d’entrer dans le cinéma au lieu d’aller à l’école. Et après tous les jours, je suis rentré au cinéma.

Sandra Freeman : Vous auriez pu être Jean-Claude Romand

Jacques Séguéla : Absolument !

Sandra Freeman : Et vous vous étiez où à ce moment là dans votre tête ? Vous étiez plutôt heureux, vous étiez insouciant, vous aviez honte, vous vous regardiez même plus dans la glace.

Jacques Séguéla : Pas du tout ! J’étais totalement rebelle, j’étais totalement insoumis. Je vivais de ça, je ne me rendais absolument pas compte. J’étais d’une insouciance totale ! J’étais très en retard par rapport à mes copains et j’étais un sale gosse, mais sans aucune méchanceté ! D’ailleurs après mon père m’a dit – son rêve c’était que son fils soit chirurgien, j’étais fils unique- mais du coup tu ne peux pas être chirurgien, tu tuerais les gens, tu n’es pas assez stable. Fais… -les médecins sont toujours méprisants par rapport aux pharmaciens, ils ont tord parce que c’est un très beau métier – ..va dans la pharmacie c’est un très beau métier où tu pourras faire travailler les autres. Donc je suis allé dans la pharmacie et j’ai découvert la botanique. Et moi dans cette pharmacie, j’étais lié avec le préparateur qui était passionné par la botanique et qui me faisait passer l’examen tous les matins. Ce qui fait que je suis arrivé à la faculté, j’ai fait 100%. Alors que les autres faisaient 10…20..25 c’était magnifique ! J’ai fait major.
Et donc mon père ne l’a pas cru d’ailleurs, il a était voir le recteur en disant « mais vous devez vous trompez, cette petite canaille ne peut pas être major, c’est pas pensable ! » Et pour me remercier, il va m’offert celle qui va changer ma vie : la deux chevaux. Il m’a offert ma première 2 CV. 15 jours après je partais avec mon frère d’âme, mon frère d’arme, Jean-Claude Baudot, faire un des tout premiers raid en 2 CV : de Perpignan à Karachi. Et au retour de ce raid, on a été sollicités pour faire des conférences, des articles… Et on s’est dit « mais pourquoi pas le monde ? ». Comment se fait-il qu’aucune voiture n’ait eu l’idée de faire le tour du monde. On fait le tour du monde à la voile, on fait le tour du monde en motocycles, mais pas en voiture. Il n’y a qu’une voiture qui est capable de ça, c’est la 2 CV d’où le 1er tour du monde. Tu te rends compte, on a traversé 8 déserts, les 8 déserts les plus terrifiants du monde. C’est absolument inconscient parce qu’aujourd’hui quand on traverse un désert, vous avez des hélicoptères au-dessus, vous avez le téléphone, vous avez les GPS, nous on avait une boussole ! Une boussole et on ne savait pas faire le point !

Sandra Freeman : En quoi le cancre que vous avez été en quoi, en quoi le pharmacien que vous avez été, en quoi l’aventurier et le sauvage que vous avez été, en quoi le journaliste que vous avez été, ont fait le publicitaire que vous avez créé ?

Jacques Séguéla : Mais je crois que c’est ma mère qui m’a donné le goût de la création parce que mon père a dit à ma mère « j’ai lu que l’éducation nationale avait des éducateurs qui permettent aux garçons, aux enfants un peu égarés de les aider dans un plan de carrière, tu devrais aller en rencontrer un à Paris ». J’arrive à Paris avec ma mère. Je suis en face d’un mec un peu décati, qui me dit « bon on va tester » et il me montre les papillons comme ça, c’était le test de Rorschach et il me pose de questions idiotes et j’étais tellement révolté que je lui répondais n’importe quoi, mais comme pour le mettre en boîte. Et à la fin, il fait le compte de tout ça et il dit à ma mère « je suis obligé de vous le dire devant votre fils, ce garçon n’a aucune capacité intellectuelle, il faut le diriger vers des travaux manuels ». Et ma mère me sauve la vie, elle se lève comme un ressort, elle me prend par le bras et elle me dit « le cancre ce n’est pas toi, c’est lui ! Viens, je t’emmène au théâtre ! ». Et on part voir une pièce de Pierre Brasseur. Je suis ébloui par ça, on revient à l’hôtel et on parle toute la nuit avec ma mère de la création du théâtre. Jen’avais jamais vu de théâtre, il n’y a pas de théâtre à Perpignan, à l’époque. Et le lendemain matin, elle téléphone à mon père elle dit « bon écoute, je crois qu’il se passe quelque chose, un éveil.. je reste une semaine ». Pendant la semaine, tous les jours, le matin : on est allé voir 3 ou 4 galeries, l’après-midi : les musées, le soir : 1 ou 2 théâtres. Et c’est là que, finalement, ma mère m’a changé l’âme.

 

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