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François Heisbourg :
La Russie c'est la vague, la Chine, le réchauffement climatique !

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Depuis le 24 février 2022, nous avons renoué avec la « grande guerre » en Europe, conduite par des États disposant des armes des plus récentes.

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Le géopolitologue François Heisbourg trace sa vision du monde face à Sandra Freeman. Lui qui voit l’épaisseur du monde, ses forces, ses puissances, ses flux, ses tendances scrute pour MatriochK ce qui se trame en ce moment. Il y a l’Ukraine et la Russie, mais il y a aussi Taïwan, la Chine, les États-Unis, l’Europe. Quel rapport entre ces sujets géopolitiques et le Covid19, formidable accélérateur d’histoire, ou les questions LGBT, le féminin et le masculin ? Quel monde du futur se dessine ?

François Heisbourg a publié à l’automne 2021, aux éditions Odile Jacob, « Retour de la guerre ». « Une guerre comme celles qu’a connu le XXe siècle est-elle de nouveau possible ? Dans cet essai, « il montre que l’ombre de la guerre est désormais bien présente, des forever wars à la lutte idéologique que se livrent les États-Unis et la Chine en passant par la cyberconflictualité.
Mais qu’en est-il aujourd’hui alors que les théâtres de conflits se multiplient au Moyen-Orient et surtout en région indo-pacifique ? Qu’en est-il alors que les grandes puissances n’hésitent plus à prendre le risque de la guerre, qu’il s’agisse de l’aventurisme militaire de la Russie ou de l’affirmation de la puissance chinoise en mer de Chine du Sud ? »

François Heisbourg est conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique et a présidé l’International Institute for Strategic Studies de Londres et le Centre de politique de sécurité de Genève.
Il est l’auteur de nombreux ouvrages parus aux éditions Odile Jacob.

 

 

Extrait :

François Heisbourg : La vision de Vladimir Poutine, c’est une vision mondiale : un monde autoritaire, non libéral et sociétalement, extraordinairement conservateur où les hommes sont des hommes, où les femmes sont des femmes, chacun sait où il habite sexuellement.

Sandra Freeman : C’est  la haine du wokisme, la haine d’un Occident déclinant d’une certaine façon !

François Heisbourg : C’est la haine d’un monde qui nierait la virilité des hommes.

Sandra Freeman : C’est le retour de la domination masculine !

François Heisbourg : Ça peut paraitre trivial lorsqu’on parle de géopolitique, mais ça ne l’est pas du tout parce qu’il y a beaucoup de dirigeants, et pas mal de sociétés dirigées par eux, qui se reconnaissent dans cette vision. Si aujourd’hui la Russie, malgré son colonialisme au dépend de l’Ukraine, parce que c’est ce qui se passe actuellement, c’est une grande expédition impérialiste et coloniale. Les pays d’Afrique, ou pour beaucoup d’entre eux, c’est pas ça qu’ils retiennent, ce qu’ils retiennent c’est que la Russie incarne des valeurs sociétales et religieuses qui sont proches de celles de beaucoup de dirigeants africains.

Sandra Freeman : En gros, ce n’est pas qu’une question politique, c’est une question d’être au monde d’une certaine façon.

François Heisbourg : C’est une façon d’être au monde et une façon de façonner le monde. C’est pour ça que ce n’est pas simplement de retrouver la puissance perdue, il s’agit aussi et surtout de l’utiliser, de l’utiliser pour des objectifs que je viens d’évoquer.

Sandra Freeman : Et pour construire aussi pour dessiner un monde.

François Heisbourg : Oui pour dessiner un monde.

Sandra Freeman : Alors quel monde on dessine là ? Quel monde Poutine dessine-t-il? Vous faites allusions à certains représentants africains, mais finalement qui embarque-t-il et qu’est ce qui se dessine selon vous dans ce qui s’écrit-là ?

François Heisbourg : Le plan initial c’était, qu’effectivement, la Russie allait recréer son néo-empire. La Russie allait remodeler l’ordre européen autour de valeurs embrassées par des gens comme lui ou proche de lui, comme Orbán, comme des extrêmes droites et parfois des extrêmes gauches en Europe occidentale et ainsi de suite. Et enfin, une vision du monde où la Chine serait un partenaire qui, embrassant des valeurs comparables et une haine comparable de la démocratie et partageant un ennemi commun, à savoir les USA, en particulier l’Occident en général et s’appuyant sur ce que la Russie appelait à un moment donné – et la Chine d’ailleurs aussi : « la majorité démographique ».

Sandra Freeman : Qui est est embarqué là-dedans et quels blocs se dessinent ?

François Heisbourg : Suivant les règles qui ont conduit au concept de la majorité démographique, ce sont les grands pays d’Asie dont une démocratie, l’Inde, la Chine bien entendu, énorme morceau, et la plupart des pays d’Afrique et une partie des pays de l’Amérique latine. Vu du côté occidental, tout ça est hautement contestable mais vu de Russie, vu de Chine, comme de toute façon la démocratie n’est pas une valeur, c’est une anti-valeur, le fait qu’il y ait des pays qui votent à l’Assemblée Générale des Nations Unies, n’étaient pas forcément des démocraties, c’est pas un problème.

Sandra Freeman : C’est quoi une anti-valeur, la démocratie? Expliquez-moi.

François Heisbourg : Parce que la démocratie c’est la faiblesse, c’est la division, c’est le déclin, c’est, à un autre niveau d’analyse, la négation de l’identité de chaque être humain, c’est la négation des lois de la nature : en principe il y a des hommes, il y a des femmes et le monde est très simple. On retrouve la thématique LGBTQ. Encore une fois, je ne veux pas donner l’impression de faire du wokisme mais le fait de prendre les positions, que je viens d’évoquer, c’est le cas de Poutine. Ça a une incidence très forte sur sa prise de décisions dans les domaines qui n’ont rien à voir avec la sexualité, le genre, que sais-je.

 

 

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