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Dominique Bourg :
Climat, comment assurer sa place sur terre ?

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On ne peut plus arrêter la dégradation de l'habitabilité de la Terre, elle aura lieu, la Terre n'est déjà plus habitable comme elle l'était il y a 30 ou 40 ans.

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Dominique Bourg, philosophe engagé pour la défense du vivant, inaugure la 4ème saison de la Collection MatriochK.
🌪Qu’est ce que la pensée écologique, quand et où naît-elle ? Le dérèglement climatique est-il vraiment inéluctable ? Pouvons-nous agir pour le combattre ? Comment traiter les informations qu’on possède aujourd’hui, comment assumer la prise de conscience positive qui gagne la population sans tomber dans l’immobilisme tétanisé par la peur ?
Le philosophe apporte ici des clefs pour répondre à ces interrogations et nous éclaire sur nos moyens d’action.

Dominique Bourg est professeur honoraire à l’Université de Lausanne.
Il dirige avec Sophie Swaton la collection « L’écologie en questions » et la collection « Nouvelles Terres aux Puf. Il préside le Conseil scientifique de la Fondation Zoein (Genève). Il est ou a été membre de plusieurs commissions françaises : la CFDD, la Commission Coppens chargée de préparer la Charte de l’Environnement, le conseil national du développement durable ; il a vice-présidé la Commission 6 du Grenelle de l’Environnement et le Groupe d’études sur l’Économie de fonctionnalité, et a participé à la Conférence environnementale de septembre 2012. Il a été membre du conseil scientifique de l’Ademe. Il a été président du Conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme (2016-2019), et a participé à l’Organe de prospective de l’État de Vaud (2008- 2016). Source : https://lapenseeecologique.com
Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont L’Homme artifice, Gallimard, 1996; Parer aux risques de demain. Le principe de précaution, avec Jean-Louis Schlegel, Seuil, 2001; Vers une démocratie écologique. Le citoyen, le savant et le politique, avec K. Whiteside, Seuil, 2010 ; Pour une VIe République écologique Odile Jacob, 2011 ; Du risque à la menace. Penser la catastrophe, codirection avec P.-B. Joly et A. Kaufmann, Puf, 2013 ; La pensée écologique. Une anthologie, avec Augustin Fragnière, Puf, 2014 ;
Le Marché contre l’Humanité, Puf, 2019 ; Retour sur Terre. 35 propositions, Puf, 2020 ; Désobéir pour la Terre. Défense de l’état de nécessité, Puf, 2021; Primauté du vivant. Essai sur le pensable, avec Sophie Swaton

 

Extrait :

Dominique Bourg : Ce courant de pensée, la pansée écologique,  se forge entre 1840 et la fin du XIXe siècle. Et il va avoir deux traits spécifiques. Le premier nous amène à s’interroger sur la place qu’on occupe sur Terre et c’est en fait une critique de l’anthropocentrisme, c’est-à-dire, le leg d’une lecture de la Bible, c’est ce qu’on a fini par penser à compter du XIII – XIVe siècle, que nous sommes une espèce à part.

Sandra Freeman : Supérieure.

Dominique Bourg : On remet en cause ça, et puis deuxième trait vraiment constitutif de la pensée écologique, elles deux vont ensemble : OK les techniques c’est important mais elles ne peuvent pas résoudre tous les problèmes et elles ne peuvent pas résoudre les problèmes qu’elles posent elle-mêmes. Et donc il faut qu’on apprenne la modestie par rapport à nos techniques.

Sandra Freeman : Comment la pensée écologique est née, pour qu’elle raison ?

Dominique Bourg : Elle nait avec deux réactions : aux États-Unis, la réaction c’est plutôt la prise de conscience à un moment donné du fait qu’on a tout déforesté. Quand les colons Nord-Américains arrivent après Christophe Colomb en Amérique du Nord, quand c’est grosso-modo couvert de forêts. 90% du territoire est couvert de forêts. Deux siècles après, il ne reste plus que 10% maximum de territoire couvert de forêts, ça s’est inversé. Et là les Américains s’en rendent compte comme d’un seul coup. C’est souvent ça, à un moment donné on a fait beaucoup de bêtises et puis d’un seul coup on voit. Et quand ils voient ça, ils paniquent. La culture américaine c’est vraiment un moteur de la pensée écologique « on a tout détruit, arrêtons ! » C’est souvent ce que John Muir appelle wilderness, les solitudes, ces grands espaces où il n’y a pas d’hommes ou alors très peu et avec des infrastructures qui ne laissent aucune trace. C’est ça le wilderness et donc son idée, c’est de le conserver.
La déforestation est sans doute l’impulsion originelle à la pensée écologique.

Côté européen, on peut trouver ça chez Rousseau. Rousseau, je crois que c’est dans les Rêveries du promeneur solitaire, il se promène, du côté de Neuchâtel, alors on est quand même au XIXe siècle. Et là il est heureux comme tout, il est dans la forêt, il pense qu’il est dans un espace sauvage, et puis tout d’un coup il entend un cliquetis et il avance un peu et il s’aperçoit que dans une petite clairière à 200 – 300m d’où il était, il y a une manufacture de bas, et là sa balade est foutue, il se croyait dans un espace sauvage. Donc là vous voyez c’est une réaction à l’industrie. Alors les villes, la pollution dans les villes, l’exploitation du charbon, la créations des soudières. Il y a des effets violents et hyper destructeurs, avec des conditions de vie qui sont déplorables du début de l’industrie, qui vont faire naître la pensée écologique.

Sandra Freeman : Et alors qu’est-ce que ça veut dire pensée écologique ? C’est-à-dire qu’il y a la prise de conscience parce que, telle que vous la décrivez, on voit la destruction donc réaction, très bien, mais qu’est-ce que ça signifie penser écologiquement, on pense quoi ?

Dominique Bourg : Penser de manière écologique c’est déjà se penser comme un être vivant, et un être vivant qui souffre des limites et qui est totalement dépendant des autres êtres vivants et de l’écosystème qui le fait vivre. Déjà si vous vous pensez pas comme ça, vous êtes vraiment à côté de la plaque sur un plan écologique. Ensuite c’est de savoir qu’on est dépendant des autres, dépendant d’un certain état d’équilibre de son écosystème et que si on le perturbe par trop, si on en modifie les équilibres, on va disparaître avec les autres espèces. Et c’est exactement ce qui est en train de nous arriver, c’est-à-dire qu’on est en train de créer des conditions d’une possible, mais on n’est pas obligé d’aller jusque-là, on est en train de créer les conditions d’une possible disparition et du genre humain et des espèces dont il est solidaire pour sa propre existence sur Terre. Donc c’est ça la pensée écologique, c’est de savoir qu’on est le genre de bestiole un peu spéciale, ça je vous l’accorde aisément mais nous sommes des animaux. C’est comme s’il y avait des règles de bienséance dans la biosphère que l’on devrait observer et que l’on n’a pas observé jusqu’à maintenant. On se conduit un peu comme un gamin dans une cour de récréation qui flingue les autres et qui pète les barrières, les fenêtres, la porte de la salle de classe. Enfin, c’est à peu près ce que l’on fait pour rien.

 

 

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