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Delphine Horvilleur :
« La Shoah, c’est aussi une histoire de résilience ! »
Comment se relever de tout et même du pire… En quoi la Shoah continue-t-elle de nous hanter ? Que faire de cette histoire, comment la transmettre aux générations futures et que dit-elle de la haine contre le Juif mais aussi l’Homme plus globalement ? Delphine Horvilleur, rabbin, écrivaine, femme engagée et directrice de la rédaction de la revue Tenoua est l’invitée de MatriochK à l’occasion de la Journée Internationale dédiée à la Mémoire des Victimes de l’Holocauste, en partenariat avec l’UNESCO. Shoah, génocide, Holocauste… Pour raconter l’Histoire, Delphine Horvilleur nous aide à trouver les mots justes, à nous interroger sur le « devoir de mémoire » et à mener ce travail de transformation pour lutter contre tout obscurantisme ou toute forme de société victimaire. Delphine Horvilleur nous aide donc à décrypter ce qu’il nous reste de la seconde guerre mondiale… et nous pousse à prendre notre part et mener un travail de résilience.
Extrait :
Sandra Freeman : Dans le travail de mémoire qu’on doit faire et qu’on doit transmettre aux générations futures, il y a aussi l’idée que si le juif est visé dans l’Histoire, cette histoire va au-delà du sujet juif… elle raconte autre chose… Delphine Horvilleur : C’est une particularité de l’antisémitisme, c’est qu’il vient toujours raconter la Haine avec un grand H. Pas juste la haine des juifs, la haine d’un autre qui est à la fois autre et à la fois comme moi. Dans l’antisémitisme, il y a ce marqueur qui est différent du racisme pur et simple, le racisme qui consiste à détester l’autre parce qu’on lui reproche de pas être comme nous, de pas avoir la même couleur de peau que nous ou le même accent, généralement aussi il consiste à se percevoir comme supérieur à qq qui nous est inférieur, un peu plus barbare, là où on serait un peu plus civilisé, c’est un racisme traditionnel. L’antisémitisme c’est plus compliqué que ça, car on reprocha aux juifs d’être à la fois comme nous et pas comme nous. Il y a un autre élément marquant dans l’antisémitisme, souvent on reproche aux juifs d’avoir quelque chose que nous on n’a pas. Dans le racisme on reproche plutôt à l’autre de ne pas avoir ce que j’ai. On pense qu’il a pas l’éducation, le talent que j’ai. Alors que dans l’antisémitisme, c’est le contraire, on considère que les juifs ont plus d’argent, plus de chance, plus de bénédictions. C’est comme si on leur reprochait de nous avoir usurper quelque chose qui aurait dû nous revenir. Comment ça se fait que les juifs ont ça et que moi je ne l’ai pas ? Sandra Freeman : C’est une vengeance ? Delphine Horvilleur : Plus qu’une vengeance, Il y a un élément de jalousie d’envie qui raconte souvent une faille existentielle. Un manque existentiel. J’ai pas réussi à être là où je voulais alors il y a forcément un coupable, un bouc émissaire qui prend les traits du Juif. Et donc l’antisémitisme vient souvent raconter une haine plus profonde que simplement la détestation de l’autre. Souvent ça raconte aussi une détestation de soi. il arrive qu’on s’en prenne à des Juifs dans les écoles dans une épicerie casher comme on l’a vu dans ces dernières ces dernières années, mais parfois on s’en prend au cimetière juif c’est un mode récurrent de l’antisémitisme dans les années qu’on vient de vivre. On s’en prend au cimetière juif il faut réfléchir à ça un instant. Ça veut dire on en veut aux Juifs quand ils sont vivants mais on leur en veut encore quand ils sont morts.
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