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Bruno Solo :
" Pourquoi "m'empêcher" sous prétexte que je suis un autodidacte ! "
Dans ce nouvel opus de la Collection MatriochK, Sandra Freeman est allée à la rencontre de Bruno Solo, comédien, réalisateur, scénariste et auteur du livre « Les visiteurs d »Histoire » paru aux éditions du Rocher où il met en scène un dîner imaginaire au cours duquel il convie et fait dialoguer des personnages de l’histoire comme Christine de Pizan, le sage Eloi ou Louise Michel.
Et s’il n’est pas historien, Bruno Solo nous démontre que tout le monde peut s’emparer du savoir, le comprendre le respecter et ensuite s’autoriser à le transmettre à sa façon à condition de toujours rester curieux.
Extrait :
Bruno Solo : Dès que vous êtes curieux vous vous questionnez, dès que vous vous questionnez, vous cherchez, vous ne trouvez pas nécessairement des réponses mais vous êtes tout le temps dans la quête de quelque chose et donc vous n’êtes pas figé, ce qui vous fige c’est les certitudes. Les doutes ça vous fait avancer. Être curieux c’est douter aussi. « La curiosité est un vilain défaut », quel affreux proverbe. Ou « L’oisiveté est la mère de tous les vices ». Mais l’oisiveté j’y crois beaucoup, moi je pense que c’est la mère, d’au contraire, de tout l’imaginaire le plus débridé, de l’occasion de penser, de contempler le monde tel qu’il est, et la curiosité c’est pas le plus vilain des défaut, c’est la plus grande des qualités. Sandra Freeman : Est-ce que cette curiosité enseignée par votre père, est une sorte d’apprendre à apprendre et être ouvert, ça permet d’être autodidacte et d’oser embrasser à un moment le métier d’acteur, d’oser embrasser l’histoire, d’oser embrasser la littérature parce que finalement tout peut s’ouvrir. Bruno Solo : Je ne suis dans aucun dogme quoi, on ne m’a jamais appris à suivre un seule voie donc je me sens tout à fait libre. Je me souviens aussi d’une phrase que j’avais lu « Ma joie d’apprendre est plus grande que celle de savoir » a priori c’est difficile de tout savoir et même de tout maîtriser d’un domaine mais par contre apprendre c’est sans fin, donc c’est une joie d’apprendre. D’apprendre ça ne veut pas dire de joie de tout retenir, il y a des choses que j’apprends et puis que j’oublie. Mon père était un autodidacte. Il était ouvrier dans le bâtiment, il a arrêté l’école à 15 ans et il a rencontré un maître qui lui a appris son métier, il était staffeur, c’est des gens qui font des moulures dans les plafonds, des corniches, ce sont des plâtriers d’art. Il a appris son métier avec un maître et ce maître l’a ouvert à la peinture et ça a ouvert mon père à la littérature et puis la littérature l’a ouvert au théâtre et mon père sans avoir fait d’études ayant grandi dans un milieu prolétaire, ouvrier, faisait partie de ces ouvriers, il n’était pas le seul mais faisait partie de ces ouvriers curieux, curieux du monde. Donc j’ai toujours baigné là-dedans. Ma maman qui elle n’a pas fait d’études du tout, qui a quitté l’école à 13-14 ans, était dingue de littérature et elle travaillait dans des librairies. Elle travaillait dans des librairies dans des conditions où aujourd’hui elle on ne pourrait plus faire, elle tapait à la porte des librairies et elle disait « – J’aime bien les livres, je sais bien en parler et puis je sais bien conseiller les gens. – Oui mais vous avez travaillé où ? – Nulle part. – Mais vous avez quoi comme diplôme ? – Aucun. ». Il y avait beaucoup de librairies dans le quartier où on habitait, dans le centre de Paris, entre Beaubourg, les Halles et le Marais et elle allait régulièrement dans les librairies dire « Vous ne cherchez pas quelqu’un ? » et comme ça, pas simplement parce qu’elle avait une bonne tête et qu’elle était aimable, mais aussi parce que effectivement, sa curiosité, son enthousiasme l’emportaient sur l’éventuel savoir d’une libraire qui aurait été peut-être plus, plus, plus voilà, plus appropriée.
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