Accueil >
Raphaël Enthoven : Comment transformer le combat en débat.
La lâcheté raisonne, le courage ne raisonne pas.
24/11/2021
Raphaël Enthoven : Il faut avoir peur parce que c’est un apprentissage de la limite.
Sandra Freeman : Donc il faut avoir peur il faut avoir mal ?
Raphaël Enthoven : Il faut avoir mal, il faut avoir peur si vous n’avez pas mal si vous n’avez pas peur vous faites n’importe quoi. Vous prenez une braise dans la main. C’est toute la différence entre le courage et la témérité. La témérité n’a pas peur, le courage n’a pas peur de la peur. Et on fait souvent comme si la témérité c’était du courage plus plus, non c’est le contraire du courage. La témérité ignore la peur, le courage est une conscience aiguë de sa propre peur et par la conscience qu’on en a une façon de ne pas en avoir peur, ne pas avoir peur de sa peur.
Sandra Freeman : Donc aujourd’hui qu’est-ce que vous diriez à nous enfants ? Qu’est-ce qu’être courageux par rapport aux défis d’aujourd’hui ?
Raphaël Enthoven : Ce qu’un enfant me semble-t-il doit apprendre, c’est qu’il y a beaucoup plus de courage dans la capacité à comprendre ce qui nous arrive que dans le fait de s’y opposer. Le moment de l’enfance où l’on croit se constituer par le refus par l’opposition est un moment qui si on s’en tient à lui, est infiniment stérile. Le lion qui crie dans le désert, il n’est pas content, il crie, il le fait savoir et en réalité au bout d’un moment il se satisfait de son propre mécontentement et il arrive qu’on s’endorme, on s’endorme sur sa propre rage si vous voulez et que la rage se satisfasse d’elle-même. Ne pas s’en tenir à sa colère, ne pas s’en tenir au goût de détester, ne pas être la dupe de sa détestation et penser contre soi-même en permanence c’est à dire faire à ses propres opinions le procès de nous être dictés par ce qu’on éprouve et plus que par ce qu’on pense.
Sandra Freeman : Et qu’est-ce qu’on cible aujourd’hui parmi les peurs qui pourraient nous susciter du courage ? Quels sont les sujets qui aujourd’hui vous paraissent fondamentaux ?
Raphaël Enthoven : Il n’y a qu’une seule peur. C’est la peur de mourir, c’est le sentiment de disparaître. Il n’y a qu’une seule peur. Le courage est non pas de ne pas avoir peur de mourir. Le courage c’est comprendre qu’avant de vivre on n’existait pas et qu’après avoir vécu on n’existera pas d’avantage, le courage est aussi de ne pas demander à l’existence de se prolonger au-delà de la vie mais peut-être d’en assumer la finitude et d’en faire une chance. Je ne vois que cette crainte, l’envie de ne pas mourir prend la forme du désir, de changer de régime ou de créer un ordre nouveau ou de faire du passé table rase. La totalité de nos décisions comme nos décisions politiques peuvent toutes être indexées sur le désir de ne pas mourir ou sur une peur de mourir. Reste qu’on est toujours lâche une fois de trop, on se couche toujours une fois de trop mais on ne se redresse jamais suffisamment. Le courage et la lâcheté ne sont pas en situation symétrique. La lâcheté raisonne, le courage ne se connaît pas, la lâcheté peut se prévoir le courage ne peut jamais se prévoir. Ni vous ni moi ne savons ce qu’on ferait si les nazis étaient dans la rue avec des mitraillettes.
Sandra Freeman : Le courage est une posture plus qu’une réflexion ?
Raphaël Enthoven : Non ce n’est pas une posture c’est une décision. La lâcheté est une posture.
Prenez par exemple un attentat dans un TGV. Je ferais peut-être parti des lâches qui vont se planquer quand ils voient un type avec une mitraillette, je ne juge personne mais ce qui est intéressant c’est de voir la différence de discours entre les gens qui se sont planqués qui se sont enfermés aux chiottes etc ..et ceux qui sont allés se battre avec le type. Les premiers disaient : « j’ai vu arriver le type, je me suis dit, je ne suis pas compétent, ce n’est pas mon métier je vais mourir ». Le contrôleur disait : » Je n’ai pas les compétences pour, ça va aggraver la situation si j’interviens. » Ceux qui voulaient tourner le dos au danger ou fuir le danger avaient des tas de raisons de le faire, ceux en revanche qui se sont levés face à un fusil armé pour arrêter le type dans son entreprise meurtrière disent : « Je n’ai pas réfléchi. » Le courage ne pense pas. Antigone ne peut pas justifier son propre geste, le geste qui lui coûte la vie alors que Ismène peut, a 1000 arguments en faveur du fait de dire à sa sœur : « Enfin tu es complètement crétine. Polynice est mort. Tu ne vas aller te faire emmurer vivante parce que tu lui rends les hommages funéraires. » La lâcheté raisonne, le courage ne raisonne pas.
Chantal Rialin : « Le handicap ce n’est pas contagieux, ça ne s’attrape pas »
Chantal Rialin est la présidente de l’association “Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir”. Elle lutte contre une double discrimination : être une femme et être handicapée.
Raconter des histoires, ça change le monde !
Et si le graaaaaaand secret de la transmission se résumait à bien savoir raconter une histoire ! Après tout, pour ceux d’entre vous qui ont bien écouté chacune de nos MatriochK, vous ne trouvez pas que ça devient une évidence ? « Raconter des histoires », c’est exposer par un « récit », des faits…
Quand le « Mood Camp » offre un nouveau canal pour transmettre aux jeunes !
Kézako un « Mood Camp » ? Nous non plus, il y a quelques jours, on ne connaissait pas. Voici d’abord ce que ce n’est pas : ce n’est pas un séminaire, ni une conférence. C’est en fait un espace créé pour la circonstance, pour favoriser un moment d’échanges, de partages, et de réflexions, – jusque-là ça…
L’ADN Business par Peggy Baron
MatriochK : une chaîne YouTube pour transmettre la mémoire aux générations futures



