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Mona Ozouf : La démocratie est-elle menacée en France ?
Les rues crient, le parlement se bloque, l’exécutif se braque…. La situation s’empire-t-elle vraiment avec le temps ?

17/07/2023

L’entretien de l’historienne Mona Ozouf est disponible en podcast, ici 👉🏼

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Mona Ozouf est historienne de la Révolution, philosophe et désormais MatriochK ! D’ailleurs en a-t-on fini avec la Révolution où a-t-on encore les deux pieds dedans allergiques au compromis et aux reformes ? Sommes-nous des révolutionnaires dans l’âme depuis toujours et pour toujours ? Qu’est-ce que l’identité française ? Comment concilier aujourd’hui les trois pôles de la devise de la France « Liberté, Égalité, Fraternité » ? Et comment comprendre et combattre la montée des extrêmes et la tentation de l’autoritarisme ? Avec Sandra Freeman, Mona Ozouf porte son regard sur la société française du 21ème siècle, l’occasion de faire la part des choses entre notre idéal, notre ressenti et notre réalité. Mona Ozouf est l’auteur de nombreux ouvrages dont « Les Mots des femmes » : essai sur la singularité française, Paris, Fayard. Et « Composition française, retour sur une enfance bretonne », un essai sur ses identités bretonnes et françaises paru aux éditions Gallimard en 2009.

Extrait : 

Mona Ozouf : Qu’est-ce qui fait notre identité ? Notre identité est faite d’appartenance. Qu’est-ce qu’il y a sur la carte d’identité ?  Il y a le sexe, il y a l’âge…

Sandra Freeman : Il y a la taille, la couleur des yeux…

Mona Ozouf : La taille, la couleur des yeux, le domicile… . Donc si on définit tout ça, j’appartiens à la catégorie des gens qui sont nés dans le Finistère, lieu de naissance. J’appartiens à la catégorie désolante des nonagénaires, l’âge. J’appartiens évidemment à la France. Je suis française sur la carte d’identité. La carte d’identité est faite de toute une série d’appartenance. Et encore très mince parce qu’elle ne fait pas état de ma religion, Dieu soit loué, si j’ose dire ! Elle ne fait pas état de mes goûts, de mes humeurs, elle ne dit pas ce que je préfère. Donc s’il fallait compléter cette carte d’identité par mes goûts esthétiques, gastronomiques, littéraires, que sais-je, on aurait…

Sandra Freeman : Une autobiographie !

Mona Ozouf : Oui voilà ! Une nébuleuse. Donc est-ce que toutes ces appartenances nous empêchent de hiérarchiser ces plans ? Nos particularités ont le droit d’exister mais souvent à condition d’accepter d’être à un niveau subalterne et de s’effacer devant un niveau supérieur. Nous passons notre vie à arbitrer entre ces niveaux, à dire lequel est le niveau pour le moment fondamental. 

Sandra Freeman : C’est cette nuance qu’on a du mal à intégrer dans notre système de pensée, au détriment d’une forme radicale d’approche que vous décriviez.

Mona Ozouf : Oui et pourtant le moindre de nos emplois du temps révèle cette hiérarchie. Comme les journées sont courtes, qu’on peut pas tout faire dans une journée, on est amené à chaque instant, dans l’emploi du temps à dire : « ce qui compte le plus en ce moment, c’est tel ou tel attachement ». C’est l’attachement à un enfant, à un parent, c’est l’urgence de la vie quotidienne. Est-ce que ça veut dire pour autant qu’on trahit l’attachement second ? Pas du tout ! Et surtout, il faut bien penser que l’attachement second, mis de côté parce qu’il n’y a pas le temps, peut redevenir premier, à une autre occasion. Et donc cette opération que nous faisons quotidiennement, très étrangement, on considère qu’elle est infaisable au niveau global.

Sandra Freeman : Si on revient à la façon dont on regarde l’hémicycle aujourd’hui. Donc on aurait au centre, une sorte de France de la compromission modérée et donc molle pour certains. Et puis, il y a la gauche. Et puis, il y a la droite. La gauche, un peu extrême. La droite, un peu extrême. Les combats qui sont menés par ces France-là, de ma perception, mais j’aimerais vraiment avoir votre regard là-dessus, celle de l’extrême gauche qui veut combattre pour une égalité, celle de l’extrême droite qui veut combattre pour une unité de France ou une France retrouvée, parlez-nous de ces 2 concepts.

Mona Ozouf : Il y a un soupçon immédiat de l’extrême gauche, par rapport à la devise républicaine parce que le républicanisme qui brandit la liberté ne donne, dit l’extrême-gauche, que des libertés formelles, mais qui ne sont pas des libertés réelles. Les libertés réelles seraient du côté de l’égalité économique et l’égalité formelle, c’est celles des droits, mais que sont les droits si on ne peut pas les appliquer ? Donc ça nourrit évidemment une contestation sans fin qui est aussi probablement liée au fait que l’égalité dans ses conceptions est la similitude. Or, l’égalité n’est pas la similitude, il n’y aurait pas d’égalité s’il n’y avait pas de différence. Donc voilà du coté de l’extrême gauche !

Sandra Freeman : Si on tourne les yeux vers le combat de l’autre extrême de l’hémicycle en ce moment…

Mona Ozouf : L’extrême droite campe précisément sur l’exagération de l’idée de l’unité de l’indivisibilité de la République, elle accentue ce côté-là et on est « patriote » que si on pense que la communauté française a raison quoi qu’il en soit, c’est-à-dire quel que soit les partis pris de la communauté nationale, ces partis pris sont à faire passer avant tous les autres. Et c’est ça qui est absolument insupportable dans l’extrême droite, c’est-à-dire qu’elle est incapable de comprendre la moindre originalité ou la moindre particularité. 

Sandra Freeman : Si on entend cette unité recherchée, absolue, idéale à l’extrême droite et cette recherche d’égalité absolue, idéale dans cet actuel extrême gauche, est-ce que finalement, on peut comprendre qu’ils marchent ensemble dans la rue ?

Mona Ozouf : Oui, parce que les extrêmes se seront toujours touchés. Mais, que l’identité soit pensée non pas comme une relation, ce qu’elle est, mais comme une substance, c’est notre défaut collectif.

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