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Catherine Clément : Comment (malgré tout) fabriquer de la paix ?
À petits pas...
22/02/2023
L’entretien de la philosophe Catherine Clément est disponible en podcast, ici 👉🏼
La philosophe Catherine Clément transmet son expérience et sa réflexion sur la paix. La paix est-elle une évidence ? Comment se construit-elle ? Dans son nouveau livre « L’Allemand de ma mère » paru aux éditions du Seuil, Catherine Clément qui est née en 1939, explore le rapport à la paix et à l’opposant allemand. Tout son chemin est celui de la réconciliation avec « l’ennemi ». Elle parle aussi de ceux qui lui ont transmis leur savoir et leur expérience et qui l’ont accompagnée à divers moments de sa vie : Vladimir Jankélévitch, Claude Levi-Strauss, Lacan, Paul Valéry ou son mari diplomate André Lewin.
Extrait :
Catherine Clément : Il faut que je vous parle de Jankelevitch. Parce que Jankelevitch a été mon patron bien aimé à la Sorbonne. Il m’a fait passer l’équivalent du master qui s’appelait le mémoire de maîtrise. Et on s’est donc côtoyé pendant 15 ans cet homme qu’était mon patron.
Sandra Freeman : En quoi est-ce qu’il y a un peu de Jankélévitch en vous ?
Catherine Clément : Il m’a apporté la musique. Il avait une façon de parler de la musique lui et d’écrire sur la musique qui est resté inégalée.
Sandra Freeman : Et c’était quoi ?
Catherine Clément : C’était l’écoulement du temps, c’était la mesure du temps, Ça concernait le temps. Levi-Strauss écrivait d’ailleurs des choses très semblables dans les Mythologiques. Ils ont des points de vue très très semblables sur la façon dont la musique, pas annule le temps, mais stop le temps ou..
Sandra Freeman : Suspend le temps !
Catherine Clément : Non ce n’est pas une suspension, ça avance quand même en même temps. C’est un processus un peu comparable à la fabrication de la paix au fond. C’est lent et c’est progressif.
Sandra Freeman : Dites m’en plus !
Catherine Clément : C’est comme la paix, il y a une harmonie à la fin, ça se termine par une harmonie ou une disharmonie voulue mais en tout cas c’est quand même quelque chose qui contente tout le monde. Et chemin faisant on est passé par des dissonances et des rapprochements à petits pas.
Sandra Freeman : Et donc Jankélévitch, c’est ça qu’il vous apporte ? Il y a autre chose de lui en vous ?
Catherine Clément : L’amour de l’enseignement que j’ai pratiqué avec beaucoup de dévotion !
Sandra Freeman : Et de son esprit ?
Catherine Clément : J’étais embarqué dans Lévi-Strauss déjà avant de connaître Jankélévitch, très tôt à la parution de « Tristes Tropiques » donc en 55 et ça d’un certain point de vue ça exclut toute forme de système de pensée et il n’y avait pas de système de pensée chez Jankélévitch. Lévi-Strauss encadrait tout.
Sandra Freeman : Et alors Claude Lévi-Strauss, en quoi ça a était matriciel ?
Catherine Clément : Parce que la façon dont il parle de la structure et de la pensée sauvage, en Inde ça se voit absolument partout, ça se voyait, je ne sais pas comment c’est maintenant. Mais quand j’y étais pour la 1ère fois en 1983 et quand j’ai été la dernière fois, c’était en 2000, ça n’avait pas tellement changé. Ça se voit à l’œil nu tout le temps, sans arrêt.
Sandra Freeman : C’est-à-dire ? De quoi ?
Catherine Clément : Soit un arbre. Dans un arbre, il y a un coup de pinceau orange. Vous croyez que c’est un coup de pinceau orange, pas du tout, c’est une divinité. À quoi on voit que c’est une divinité ? Y a deux petits points noirs dans le trait de pinceau orange et il y a une fleur au bout du trait noir.. du trait de peinture orange . C’est une divinité de l’arbre. Ils sont dendrolâtres. Les Indiens adorent les arbres. Les arbres sont des divinités. Pas tous, mais quand ils sont des divinités, on le repère. On peut ne pas le voir aussi. C’est donc microscopique quand même.. c’est dans un grand arbre, si vous avez un petit machin au pied, c’est pas énorme ! le divin est absolument partout, il transforme absolument tout et parfois il infecte tout.
Sandra Freeman : Et donc par rapport aux lunettes que Claude Levi-Strauss vous a aidé à chausser ?
Catherine Clément : Et bien oui Levi-Strauss dit que la pensée sauvage est universelle donc nous avons tous la pensée sauvage en nous et pour faire comprendre ce que c’est aux occidentaux, il prend le modèle du bricolage. C’est à dire « tiens il y a un petit bout de bois là, je vais pas le jeter, je le garde, ça servira bien à quelque chose ». Bah voilà, c’est ça la pensée sauvage, ça servira bien à quelque chose chose. En Inde, on découvre 3 millions ans d’histoire des religions qui s’est fabriqué comme ça et j’ai compris comme ça. Ça m’a bcp amusé. Ils ont 300 millions de dieux, c’est formidable.
Sandra Freeman : Par rapport à « ça va servir à quelque chose », en quoi en Inde, ça a façonné ?
Catherine Clément : Comment on prouve que les dieux existent ? Et bien un jour il a fait 50..45 degrés pas 50 et toutes les statues du dieu Ganesh que vous voyez ici, enfin vous le voyez partout, qui est le dieu de la prospérité et le dieu éléphanteau, ce sont mises à boire l’eau et le lait qu’elles avaient à leurs pieds. Miracle absolument ! Donc on reversait de l’eau ou du lait par la trompe, les statues Ganesh absorbaient du lait, très bien. Donc la divinité existe. Et puis il y a un zèbre qui est un savant qui se point à la télévision et qui est un savant et qui apporte une chaussure en bois et il met la chaussure debout puis il le fait boire du lait. Il dit « ça c’est l’effet de la chaleur, le bois absorbe ! Essayez de faire boire du lait à un Ganesh en pierre, ça marchera pas ! ». Alors on a essayé et en effet ça ne marchait pas. Donc voilà, ça se passe en public, c’est aussi public que la coupe du monde chez nous. Ça se passe à la télé indienne. On discute pour savoir si oui ou non, Ganesh est un dieu ou pas un dieu selon qu’il boit du lait ou pas, selon qu’il est en bois ou en pierre. Un pays comme ça, c’est formidable !
Sandra Freeman : Par rapport à Claude Levi-Strauss encore, expliquez-moi en quoi son regard a façonné aussi, a permis de voir mieux, de comprendre mieux l’évolution de nos civilisations et même aujourd’hui, en quoi il nous aide à voir quelque chose ?
Catherine Clément : Donc il était curieux de tout progrès scientifique, très inquiet sur le sort de l’humanité. Il pensait qu’on n’arriverait pas à nourrir l’humanité en voie de développement. Et il s’est trompé ! Il s’est trompé ! Parce qu’on peut nourrir 8 milliards de gens, on peut nourrir plus que ça encore, on y arrivera, voilà. Mais Levi-Strauss était pas un penseur pessimiste.
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