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Caroline Fourest : « L’identitaire est en train de dévorer l’égalitaire. »

27/07/2022

L’entretien de l’éditorialiste et essayiste Caroline Fourest est disponible en podcast, ici 👉🏼

🔗Google Podcast : https://t.co/DiaW5qRgNW

S’interroger sur ce que c’est qu’avoir 20 ans aujourd’hui, c’est s’interroger sur ce qui façonne les rêves, les espoirs et donc la construction du monde de demain… Caroline Fourest est réalisatrice, essayiste et réalisatrice. Elle a écrit « Génération offensée » à la veille de la pandémie de Covid19 en 2020 où elle critique cette « idéologie des sensibilités qui engendrerait des dérives ». Elle y démontre comment – selon elle – la censure aurait changé de camp : auparavant de la droite conservatrice, elle serait aujourd’hui un outil de la nouvelle gauche. Mais pour parler la langue du jour, une langue pétrie de wokisme, d’éveils, d’ouvertures et de fermetures, de blocages, une langue qui se veut tracer des territoires à la ligne claire tout en prônant le non-binaire, arrive-t-on encore à s’entendre aujourd’hui, entre générations ?
Caroline Fourest a co-fondé avec Raphaë lEnthoven et  ChristopheBarbier le journal FranC-tireur dont le slogan est « La raison est un combat. »

 

Extrait : 

Caroline Fourest : Dans le grand combat pour l’égalité, il y a des gens qui se battent vraiment sincèrement parce qu’ils veulent déconstruire les préjugés, agrandir la table pour que tout le monde puisse s’y asseoir tous ensemble et puis il y a des gens qui sont là juste pour réclamer un siège pour eux et d’ailleurs, souvent, ils commencent leur phrase en disant « je veux un siège pour moi à la table ». Et ils vont réclamer ce siège au nom de leur identité, ils vont dire « il y a trop d’hommes blancs hétérosexuels, donnez-moi mon siège » et ça c’est une façon de réclamer l’égalité en demandant l’exclusion des autres et généralement ils ne vous parlent que d’inclusion. C’est-à-dire que ce sont des gens qui ne vous parlent que d’inclusion et dans la phrase d’après ils sont en train de demander qu’on exclut des gens sur la base de leur identité parce qu’ils sont hétérosexuels, parce qu’ils sont blancs, parce qu’ils sont hommes.
Et le problème c’est que le moyen de se battre c’est aussi une finalité. Quand vous vous battez de façon excluante, non vous n’arrivez pas à l’inclusion, vous n’arrivez pas à l’égalité.

Sandra Freeman : Qu’est-ce qui est en train de se jouer là ?

Caroline Fourest : Et bien l’identitaire est en train de dévorer l’égalitaire. L’identitaire dévore l’égalitaire. On est dans un monde de plus en plus replié sur l’appartenance plutôt que sur le fait de vouloir échanger, que l’identitaire dévore tout et c’est valable à l’extrême droite et c’est valable aussi à gauche et c’est valable dans beaucoup de pays du monde en ce moment.
Et si vous y ajoutez l’effet des réseaux sociaux qui nous tribalisent, qui poussent à nous conduire en meute, à réfléchir en peu de temps et à se positionner en fonction d’un rapport de force entre meutes et groupes, plutôt que sur le fondement d’une idée et bien ça nous pousse à être encore plus identitaire, de façon agressive, c’est-à-dire qu’on est plus identitaire parce que, pourquoi ? Parce que le mur de Berlin est tombé, parce que les partis politiques ne font plus école, parce que les écoles n’osent plus transmettre tellement elles sont intimidées et donc on se retrouve dans un monde où finalement on a très peu de temps pour penser, on a moins de culture historique, on a moins de culture philosophique et on doit toute la journée prendre position, en un instant, en un clic. Donc ça va tellement vite qu’on se dit « bon, elle est où ma meute ? Qu’elle est la meute qui attaque ? Et je suis la meute qui me ressemble. Mais si je suis la meute qui me ressemble, ça me pousse à l’identitaire et donc ça pousse à la polarisation. Si on ajoute l’anonymat à ça, on monte encore en agressivité donc on est déjà au degré simplification du débat d’idées, identitarisme à plein nez, polarisation plein pot, et on rajoute l’agressivité de l’anonymat.

 

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